9 août 2009

Black Sabbath, La Bête venue de Birmingham de Guillaume Roos

The Devil You Know, l'album de Heaven & Hell, bien qu'encore sans titre à ce moment-là, était déjà prévu au moment de la rédaction de cette première biographie française (dites-moi si je me trompe) de Black Sabbath. A l'heure qu'il est l'album est sorti. Oui, « la légende continue... », mais pas sous le même nom. Ce qui est, après tout, une bonne manière d'établir le bilan de ce qu'est Black Sabbath depuis ses origines.

Avec son sommaire très efficace, un chapitre par album, Guillaume Roos s'est donc attaché à raconter le parcours d'un des groupes les plus influents de la sphere hard-rock/metal. Que l'on soit fan puriste (« ah Cozy Powell à la batterie [soupir]... »), relativement profane (« ouais, j'connais Paranoid ») ou quelque part entre les deux (ce qui est mon cas et j'en savais si peu avant d'avoir refermer le livre), ce travail de paléontologie, très minutieux, se révèle être une référence complète et pertinente.

L'accident de travail qui coûtent deux doigts à Tony Iommi (détail d'une importance qu'on ne soupçonne pas), la rencontre des quatre brummies (surnom donné en référence à leur ville natale), leur période faste (pour leur nez, sniiif, entre autres) et féconde (du premier album éponyme à Sabbath Bloody Sabbath), les premières dissensions internes et externes (à partir de 1976), les incessants changements de line-up (plus d'une cinquantaine d'après l'annexe consacrée à « L'Arbre généalogique »): tout est agréablement ponctué d'interventions, incluses les nombreuses facéties d'Ozzy, d'anecdotes et points d'histoire non résolus. Michael Bolton et Tom Jones ont-ils réellement fait partie du groupe? Je ne vous révélerai rien, même pas le nom du bassiste qui figure dans le clip de « The Shining ». Ne parlons pas de l'illuminé mythomane Jeff Fenholt, qui a ridiculement entretenu la réputation sataniste qu'encore beaucoup de crétins veulent accorder à Black Sabbath. Mais au fait, d'où vient ce nom?

On y apprend les départs et retours de Bill « ça s'en va et ça revient » Ward et de Geezer « should I stay or shoud I go » Butler, le premier pour des raisons de santé, le second souvent pour désaccords temporaires. Sans oublier les tentatives désespérées, au fil des ans, de faire revenir Ozzy « tu veux ou tu veux pas ? » Osbourne (hélas trop occupé par sa carrière solo et autres regrettables shows de télévision) au sein du groupe par Tony « the show must go on » Iommi, seul membre permanent pendant toutes ces années. Ozzy est officiellement réintégré au groupe depuis 1996, mais excepté deux titres inédits en bonus sur le live Reunion rien n'est encore sorti de nouveau après cette pseudo-reformation. Cet immobilisme forcé (il existerait 7 titres enregistrés, cependant, enfermé dans un tiroir) a donc mené Iommi, Butler & Co. dans un premier temps à l'écriture de trois morceaux inédits avec Ronnie James Dio (présents sur la compilation The Dio Years) et, à moyen terme, à Heaven & Hell.

En ce qui concerne les annexes, elles prennent les deux tiers de l'épaisseur du livre et sont, il est vrai, plus laborieuses à lire que la biographie à proprement parler. Elles ont cependant fonction complémentaire de référence et rappellent (ce qui peut être considéré comme des redites) de nombreux points charnières que l'on peut avoir oublier. Les annexes autour des individus permettent une compréhension du rôle de chacun et ouvre sur de potentielles futures découvertes musicales pour le lecteur. On se rend compte à quel point l'interview de Bill Ward a aidé l'auteur mais l'interview de Neil Murray (un des nombreux bassistes), aussi intéressante soit-elle, aurait eu plus sa place dans une biographie consacrée à Whitesnake. Une interview de Geoff Nichols (deuxième membre le plus présent après Toni Iommi) aurait été préférable, mais je ne souhaite pas remettre en cause le gros travail fourni par Guillaume Roos, j'ai conscience des impossibilités et des restrictions intrinsèques à ses recherches.

Je n'avais eu qu'une vision achronologique et tronquée de l'histoire du groupe, n'étant informé que par l'intérieur des pochettes d'album trop sommaires. Ce pavé biographique m'a beaucoup éclairé et a comblé bon nombre de mes lacunes: de mes écoutes de Paranoid et Headless Cross (toutes deux régulières sur la playlist du samedi après minuit de Ouï FM, il y a une quinzaine d'années) à mes découvertes des albums au gré des rayons pas toujours bien fournis des disquaires ou médiathèques (j'ai appris, par exemple, très tardivement que Ian Gillan chantait sur un album et qu'il y avait eu donc d'autres chanteurs qu'Ozzy, Ronnie James Dio ou Tony « roue de secours » Martin), en passant par mes interrogations à ma première écoute du morceau éponyme qui ouvre le premier album (« c'est flippant ce truc, mais comment les gens ont réagi à l'époque à cette voix possédée ? »), tant de souvenirs qui retrouvent une saveur très particulière.

Un document indispensable pour qui s'intéresse à la naissance du metal et au poids lourd (camion noir ou dinosaure ?) que restera Black Sabbath.

  • Black Sabbath, La Bête venue de Birmingham, Guillaume Roos, Camion Blanc, 34€.
Article paru précédemment sur Rana Toad