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19 mars 2011

Evergrey - Glorious Collision

Couverture de l'album intitulé "Glorious Collision" par Evergrey, un style Heavy Metal
Heavy metal
Suède

Evergrey a quelque chose de magique qu’on ne peut pas définir. A chaque sortie, c’est toujours une force énorme qui nous percute en plein cœur. Et Glorious Collision n’échappe pas à cela non plus. Malgré le changement de line-up (nouveaux guitariste, batteur et bassiste), cette magie est toujours là. A la première écoute, on se perd un peu dans une certaine homogénéité (pour ne pas dire ressemblance des titres) qui ne nous permet pas tout de suite de prendre ses repères. Mais après quelques écoutes, on attrape par ici un riff, par là une note de piano… Et voilà le charme qui opère.

29 décembre 2010

Warrel Dane - Praises to the War Machine

Couverture de l'album intitulé "Praises To The War Machine" par Warrel Dane, un style Heavy Metal
Heavy metal
États-Unis

Voici un excellent album ; simple, mais ultra efficace. Heavy à souhait, ce premier essai en solo du chanteur de Nevermore bénéficie d’un gros son, avec aux manettes Peter Witchers (soilwork). C’est aussi ce dernier qui a composé en partie les douze titres de Praises to the War Machine. Très mélodique, les riffs n’en sont pas moins bien lourds, avec une basse bien présente. La structure des chansons, simple, marche à merveille ; les refrains sont efficaces et le chant de Warrel Dane est toujours aussi puissant.  Il faut aussi noter la présence aux fûts de Dirk Verbeuren. Un album qui est passé un peu inaperçu mais qui, pourtant, mérite vraiment une bonne place de choix dans nos discothèques (en tous cas dans la mienne:-)).

Références

Century Media, 2008.

Liens

3 octobre 2009

Concert Evergrey - Nouveau Casino, Paris - 1er octobre 2009

Cela fait 3 ans que les suédois ne sont pas venus nous rendre visite, et cela fait très long! En effet, à cause de problèmes logistiques ou techniques, le groupe a du annuler la tournée européenne initialement programmée au printemps 2009. Le plaisir est donc d’autant plus grand!

Le Nouveau Casino ouvre ses portes à 19h, et laisse le temps de profiter du bar, ce qui se fait sans problème car il faut le dire, la salle est loin d’être pleine… Ce moment me permet aussi de voir une affiche qui dit « au premier étage, merchandising et dédicace d’Evergrey après le concert »!!! Voilà qui commence vraiment bien!

Il est 19h30 et les italiens de Chaoswave débarquent sur scène. Leur musique surfe entre death, hardcore et métal mélodique. Un chanteuse (habillée de cuir comme il faut, bien évidemment) et un chanteur s’échangent les couplets sur fond de double grosse caisse déchaînée. Les musiciens sont d’un très bon niveau, et leur prestation, sans être fracassante, sait faire patienter le public comme il faut. J’avoue tout de même être contente (et surtout impatiente) quand vient le dernier morceau…
C’est le bon moment pour se faufiler dans la brèche ouverte par le public et aller se placer devant, à vrai dire, au deuxième rang face à la scène! Une place parfaite. Les roadies s’affairent un bon moment. Ma place me permet de voir le groupe descendre d’un escalier et attendre le signal du début derrière une porte. Impatience extrême! Après un signal clair du roadie, le sample d’ouverture s’enclenche tandis que les lumières s’affadissent. Enfin!

Les musiciens entrent en scène sous les acclamations. Le charismatique leader est impressionnant, de même que les autres musiciens. Une puissance se dégage des suédois. En face de moi, se tient le nouveau bassiste Jari Kainulainen (ex-Stratovarius). Le groupe entame « Fear » issu de Torn, le dernier album du groupe. Le son est très puissant. Tout au long du concert, le groupe et les roadies tenteront de trouver le son parfait, au grand damne des musiciens qui, souvent, feront des signes ou grimaceront à cause du son. Quoi qu’il en soit, la puissance est là ! Evergrey base son set sur l’ensemble de sa discographie, ce qui est apprécié par tout le monde, surtout après une si longue absence! De « She Speaks to The Dead » à « Watching The Skies », en passant par « The Masterplan », nous avons aussi droit au fabuleux « More Than Ever », titre à la composition extraordinaire ! Un moment magique ! Ils jouent aussi « As I Lie Here Bleeding », titre entraînant issu de « Recreation Day ». Nous avons aussi droit au grand classique « Blinded » sur le début duquel le bassiste cassera une de ses 6 cordes ! Il retrouvera le son au milieu du titre. Mais ceci n’empêche pas le public de reprendre en chœur le refrain ! Rikard Zander (claviers) et Henrik Danhage (guitares) s’adonneront quelques minutes à des solos chacun leurs tours. Claviers 80s et solos de guitares techniques et planants, voilà un bel interlude! Ce n’est pas tout, le charismatique leader Tom S; Englund nous a prévenu au début, à la fin du concert « vous serez épuisé » !! Malgré les demandes incessantes d’un membre du public de jouer « Solitude Within », le chanteur n’en démordra pas ! Concernant Torn, nous avons droit au single « Broken Wings » et à « Soaked », deux très bonnes chansons ! Le public est enchanté lorsque débute « End of Your Days » issu de Recreation Day, et chante en chœur le refrain ! Les musiciens excellent, le bassiste impressionne par son jeu sans médiator (rare dans le métal) sur sa 6 cordes, qui n’est pour une fois pas utilisée pour la frime, loin de là ! Le chanteur-guitariste à la voix puissante n’est pas en reste et interprétera seul avec le clavier « Words Mean Nothing ». Jonas Ekdahl assure derrière ses fûts ; discrets, il emplie néanmoins la salle de son jeu puissant. Un autre interlude le mettra en avant. Il s’agit du titre « When The Walls Go Down » issu de The Inner Circle. Le groupe interprète aussi le tragique « Still in the Water », avec les chœurs du claviériste et du guitariste soliste. Le groupe est très communicatif avec le public, remerciements, acclamations, et blagues, l’ambiance chaleureuse offre une image bienveillante et du groupe. Après d’autres remerciements, le groupe entame un autre titre culte : « I’m Sorry ». La ballade n’est pas inconnue du public puisqu’il reprend en chœur le refrain à la demande du chanteur. Un
moment grandiose. Le groupe quitte la scène. Après 2 ou 3 minutes d’acclamations, Evergrey revient sur scène pour le moment des rappels. Ils joueront notamment "Recreation Day" et clôtureront sur le grandiose "A Touch Of Blessing". C’est la fin du concert, le groupe se réunit sur scène pour un salut, un belle image à vrai dire. Le chanteur nous dit qu’ils seront dans quelques instants au premier étage pour une séance de dédicace. Chouette…

La petite salle, qui n’était déjà remplie qu’aux deux-tiers, s’est pourtant bien vidée. Reste les vrais fans (oui, comme moi) qui grimpent donc au premier étage. En attendant, passage par le stand des tee-shirts où l’on peut prendre un grand poster illustrant la superbe pochette de Torn. Sous quelques applaudissements, le groupe arrive et se place dans un coin à l’ombre. Défilent alors les fans pour un crayonnage des posters, pochettes de cd et même tee-shirt. Vient mon tour, c’est très rapide, le temps de dire merci. Tout de même, voir en face de soi les musiciens, c’est quand-même grandiose !

Merci donc à Evergrey d’être passé par la France, et d’avoir montré autant d’enthousiasme, même à une petite salle pas franchement remplie.

29 septembre 2009

Iron Maiden - L'épopée des Killers de Mick Wall


AVERTISSEMENT: Vous pouvez lire une version de cet article moins encombrée de digressions, considérations personnelles et autres recettes de cuisine sur Rana Toad . Il y est en outre fusionné avec un autre ouvrage à propos du groupe:
http://ranatoad.blogspot.com/2009/09/eddie-are-you-kidding-iron-maiden.html

A la question : quel groupe selon vous définit le heavy metal? Certains diront Black Sabbath d’autres Metallica. D’autres encore Bon Jovi ou Kyo, mais faut-il en vouloir aux plaisantins? Personnellement, et en toute objectivité malgré mon addiction à ce groupe, je pense qu’Iron Maiden serait au moins deuxième au classement, à défaut d’être premier.

Mon premier contact avec Iron Maiden eut lieu lors de la sortie de Fear Of The Dark en 1992. Directement entré à la première place du Multitop sur M6, l’album a bénéficié d’une diffusion régulière du clip de "Be Quick Or Be Dead", hum pas l’idéal pour se débarrasser des idées reçues quand on voit Dickinson hurler et remuer sa tignasse. Je coupais le son à chaque fois en attendant que ça finisse. Mais l’année d’après, lors de la sortie de A Real Live One, c’est "Fear Of The Dark" qui était diffusée, puis quelques mois après c’était au tour de la version de "Hallowed Be Thy Name" sur A Real Dead One. Il suffit de vous dire que ces deux morceaux-là ont été le départ de la découverte musicale la plus importante de mon adolescence.

L’épopée des Killers est ce que l’on peut appeler une biographie officielle et autorisée, Mick Wall étant un proche du groupe. On ne pourra bien sûr jamais évaluer, au mieux, la réserve au pire, la censure et/ou l’auto-censure qu’elle suppose. Elle inclut cependant un enthousiaste avant-propos de Steve Harris, le bassiste-leader. La démarche de Wall fait part de la diversité des points de vue, par le biais d’interventions issues de nombreuses interviews, et crée donc une mosaïque, peut-être imparfaite mais resserrée autour des événements et des personnes qui ont fait avancer le groupe depuis 1975.
Les chapitres suivent la chronologie mais prennent souvent la forme d’une mini-biographie d’un des musiciens ou d’une personne ou personnage lié au groupe : le manager, la mascotte Eddie ou son créateur Derek Riggs. Mick Wall n’oublie pas Martin Birch, dont le CV, déjà impressionnant (In Rock de Deep Purple, c’est déjà beaucoup, non ?) avant Killers, porte la prestigieuse mention : 1981-1992 producteur exclusif d’Iron Maiden. Quel fan ne scrutait pas chaque livret pour voir de quel surnom le groupe ne manquait jamais de l’affubler?
Est-il étonnant de voir les deux premiers chapitres intitulés respectivement "Steve" (Harris) et "Dave" (Murray)? Le bassiste et le guitariste sont en effet les deux seuls membres actuels présents sur les 14 albums. Dave Murray a bien été viré suite à un malheureux malentendu, mais ce fut plutôt bref. C’est Dennis Wilcock, le chanteur qui a précédé Paul Di’Anno, qui a recommandé Dave quand le groupe avait besoin d’un guitariste. C’est sans doute là l’un des premiers pas primordiaux dans l’histoire d’Iron Maiden, tout à fait en concordance avec la perspective annoncée par Mick Wall dans son Introduction.
Une impression, souvent partagée, ressort des interventions orales des protagonistes au fil des pages, celle d’avoir souvent trouvé la bonne personne, d’avoir fait le bon choix pour le groupe. Même quand il s’agissait de se séparer d’un musicien c’était surtout pour ne pas traîner un poids mort et les intéressés ont toujours semblés être compréhensifs et conscients de leurs dérapages. Dennis Stratton, Paul Di’Anno et Clive Burr en sont de parfaits exemples. Même le renvoi, plus controversé, de Blaze Bayley n’était pas sans raisons en défaveur du chanteur et L’épopée des Killers éclaire beaucoup de fans, Steve Harris ayant souhaité garder le silence un certain temps sur cet épisode obscur. Même sur mon petit nuage, je ne pouvais m’empêcher de me poser certaines questions sur ce qui avait amené au double retour de Smith et Dickinson.
Bruce Dickinson, considéré par beaucoup comme l’emblématique chanteur d’Iron Maiden (son retour en 1999 ayant plus que confirmé cet état de fait), y apparaît sans doute comme l’individu le plus complexe de la formation britannique. Diplômé en histoire, écrivain, animateur radio, pilote de ligne et j’en passe, pas étonnant que cet électron libre (le chapitre qui lui est consacré démontre très bien à quel point il a toujours voulu échapper à toute forme d’enfermement) avait déjà envisagé de quitter Maiden dès 1986, lui qui voulait placer des chansons acoustiques sur l’album successeur de Powerslave. Il ne signe aucun titre sur le futuriste Somewhere In Time. Le début d’une carrière solo en 1990 annonçait déjà un peu son départ en 1993 (je n’étais pas encore assez accro pour le regretter), épisode certainement le plus difficile pour Steve Harris, le capitaine du bateau qui n’a jamais renoncé à la moindre avarie. A tel point qu’ « il semblerait […] que seule [sa] mort puisse mettre un terme à cette aventure musicale », citation empruntée à Jean-Philippe Petesch mais qui résume bien ce que tout fan du groupe est susceptible d’avoir cru à chaque changement de line-up.

Machine bien huilée, Iron Maiden est l’un de ces groupes qui n’a jamais splitté et, même si l’écart s’est creusé peu à peu, a continué à sortir régulièrement ses albums sans se fier aux tendances. Le punk ? Quelque chose dont il fallait se démarquer sous peine de disparaître très vite. Et puis Steve Harris adore King Crimson, Genesis et Emerson, Lake and Palmer. Qu’est-ce qu’il y a de plus intemporel que le rock progressif ? Bon d’accord, c’est totalement arbitraire comme jugement. La Nouvelle Vague du Heavy Metal Anglais ? Oui Maiden en faisait partie, ils en étaient même le groupe le plus populaire. Que reste-t-il vraiment, exception notable de Saxon, de cette Nouvelle Vague aujourd’hui ? Def Leppard (j’ai un ami qu’ils ont recalé pour une audition de batteur, soi-disant qu’il, je cite, "jouait comme un manchot")? D’après Steve Harris ce n’était qu’un gimmick de journaliste et, sans pour autant la dénigrer, considérait que son groupe n’avait pas grand-chose à faire là-dedans.
Mick Wall s’attarde sur le rôle qu’a joué et joue encore Rod Smallwood, le manager, créateur de la boîte de management Sanctuary (d’après la chanson, on s’en doutait un peu). Personnage haut en couleur, fabuleux et intraitable négociateur, il est au moins aussi important que Steve Harris. Iron Maiden lui doit bien plus que le gimmick de journaliste déjà évoqué. Un exemple? C’est lui qui a repéré cette affiche de jazz illustrée par un certain Derek Riggs (qui cessera sa collaboration avec Maiden dès 1992), a demandé à le rencontrer et est tombé nez à nez avec cette créature qui allait être nommé Eddie The ’ead.
Mort-vivant omniprésent, figure paradoxale puisqu’elle est indissociable d’Iron Maiden mais aussi porteuse de contresens et d’idées reçues dans l’esprit du grand public vu la violence qu’elle inflige ou qu’elle subit au fil des pochettes et autres T-shirts, Eddie méritait bien aussi un chapitre à lui tout seul (j’aurais bien voulu insérer un lien vers un sketch des Robin des Bois où la Police du Goût découvre un T-shirt d’Iron Maiden caché sous un tapis. Hélas je n’ai pas réussi à trouver la vidéo en question). The Head était l’un des premiers gimmicks des concerts donnés par le groupe. Fixée au-dessus du batteur elle a d’abord craché de la fumée puis de l’hémoglobine aux dépens dudit batteur. Le prénom vient d’une blague que je connaissais déjà, l’ayant lu dans une interview fleuve dans la presse spécialisée à l’occasion, ça remonte, de la sortie du Best Of The Beast. Je peux citer le même genre de source en ce qui concerne l’anecdote, non mentionnée par Mick Wall, du visuel représentant la tête, hum sans le corps qui va avec, de Paul Di’Anno que le monstre tient par les cheveux. La toile, morbide private joke, pourtant unique et destinée à rester planquée, avait été écartée parce qu'elle coïncidait avec le départ du chanteur, et Steve Harris s’étonne ainsi qu’elle ait pu apparaître sur un bootleg sud-américain. La même chose sera reproduite de manière plus officielle avec un Bruce Dickinson empalé par Eddie et son trident sur la pochette d’"Hallowed be Thy Name", la version live de 1993. Punition un peu sévère pour avoir plus murmuré que chanté lors des derniers concerts, vous ne trouvez pas?

Au fil de la lecture, chaque fan, quelque soit le degré de son addiction, trouvera quelque détail qu’il ignorait jusque là. Combien savent par exemple que Nicko est un surnom donné au batteur durant sa carrière pré-Maiden? Et combien encore en connaissent les circonstances?

Certainement la traduction d’une version augmentée de Run To The Hills. The Authorised Biography of Iron Maiden (parue initialement en 1998), L’épopée des Killers voit la plume de Mick Wall s’arrêter avec le chapitre 15, déjà retravaillé puisqu’il s’attarde sur le retour de Dickinson et Smith (qui n’a eu lieu qu’en 1999, je le rappelle). Les quatre derniers chapitres ne peuvent être considérés que comme une maladroite mise à jour, du bonus en totale incohérence dans le ton avec tout ce qui précède. Mais peu importe, ils ne sont pas sans intérêt, en témoigne notamment une dissection (non, pas celle d’Eddie, on nous a déjà fait le coup en 1995) des albums Brave New World et Dance Of Death. Et puis, on ne peut blâmer cette biographie d’être incomplète tant qu’Iron Maiden continue son p’tit bonhomme de chemin. Vous ne trouverez, très logiquement, aucune mention du dernier album en date ni de la tournée Flight 666 (ou comment un projet logistiquement dément a failli foirer à cause d’une balle de golf). Et, au fait, à quand le 15ème ?


Iron Maiden - L'épopée des Killers, Mick Wall, Camion Blanc, 2005. J'aurais aimé mentionné le traducteur mais...

Iron Maiden - Morceaux d'esprit: Thèmes et origines des chansons de la Vierge de Fer de Jean-Philippe Petesch


AVERTISSEMENT: Vous pouvez lire une version de cet article moins encombrée de digressions, considérations personnelles et conseils de beauté sur Rana Toad . Il y est en outre fusionné avec un autre ouvrage à propos du groupe: http://ranatoad.blogspot.com/2009/09/eddie-are-you-kidding-iron-maiden.html


Morceaux d’esprit est le résultat d’un travail universitaire, fait seulement détectable à première vue par le sous-titre. Jean-Philippe Petesch a ainsi accompli quelque chose à laquelle je n’ai jamais pensé, malgré notre parcours commun de fans d'Iron Maiden ayant suivi des études d’anglais. Démarche si sérieuse et si cadrée, probablement, qu’il m’aurait été difficile de rester objectif. Je ne pense tout simplement pas que mon intérêt pour les paroles du groupe ait un jour atteint ce stade. Elles ont toujours été à mon sens étrangères à tout aspect scolaire. Et puis surtout je ne m’y suis jamais attardé plus d’une semaine après l’achat d’un album.

Dans sa forme, Morceaux d’esprit est une présentation systématique et chronologique des chansons de chaque album du groupe, jusqu’au dernier en date, A Matter Of Life and Death. Auparavant, les cent premières pages ont été consacrées aux précisions que tout effort universitaire est en droit d’attendre : remerciements, introduction, présentation du corpus, documents d’appui, glossaire et liste des thèmes et références. Passages obligés qui à eux seuls m’auraient découragé à aller plus loin si je m’étais lancé dans un tel exercice. Justifier tous les termes que l’on choisit d’utiliser, recracher des références analytiques que le jury connaît par cœur et autres précisions qu’il m’aurait été laborieux d’établir, ce côté convenu et très encadré m’a toujours mis mal à l’aise. Ceci était plus une digression critique sur les règles incontournables et immuables de la sphère estudiantine (j’entends ma mauvaise conscience me souffler : "Alors ne te plains pas d’avoir abandonné ta maîtrise, par deux fois pour ne rien arranger, crétin!"), qu’un bémol attribué injustement à Jean-Philippe Petesch. Ce qui aurait été pure mauvaise foi puisque toutes ces pages liminaires offrent des outils de lecture et de compréhension essentiels ("C’était bien la peine de râler contre les convenances pour camoufler ta mauvaise volonté, trouduc!", dixit ma mauvaise conscience). Reste pourtant ce malaise didactique que j’aurais préféré voir allégé, à l’occasion de la publication en livre, en théorie plus permissive.

Pour dégager les thèmes, l’auteur a eu recours, avec les faiblesses que cela suppose, à une recherche informatique par occurrence des mots. Bien que quelque peu alourdie de chiffres, elle n’a pourtant pas été inutile et, je n’ajouterai pas une dernière pique en admettant que c’est une approche méthodologique que l’auteur était quelque part obligé de rendre compte, un premier pas pour constituer une cohérence du "discours" (un des termes du glossaire) entre les albums d’Iron Maiden. Pour la bonne cause donc. Petite précaution générale de l’auteur, il insiste sur l’aspect subjectif de ses interprétations (celle d’"Iron Maiden" est à retenir) et appelle à prendre tout autant en considération celles qui ne seront logiquement pas mentionnées. Quelques thèmes sont attendus puisque fréquents dans le heavy metal (la mort, la guerre, l’occultisme…) mais leur traitement n’aura qu’un seul but, démontrer qu’Iron Maiden ne les a jamais utilisés par provocation ou gratuitement. Petite parenthèse sur le sexe et l’amour, thèmes clichés par excellence, ils apparaîtront presque inexistants dans le "discours" du groupe, sinon à quelques petites exceptions, "saga Charlotte" ("Charlotte The Harlot", "Twilight Zone", "22 Acacia Avenue", "Hooks In You" et "From Here To Eternity") en tête, mais aussi parfois avec un sérieux inhabituel sur les sujets ("Wasting Love" est l’exemple le plus représentatif).

Suit la présentation des références directes, qu’elles soient historiques ("Run To The Hills", "Alexander The Great"…), bibliques ("The Number Of The Beast"), mythologiques ("Flight Of Icarus"), littéraires ("The Rime Of The Ancient Mariner", "Brave New World ") ou cinématographiques ("Man On The Edge", "The Wicker Man"). Bien que certaines références soient évidentes, ne pensez pas que l’auteur enfonce les portes ouvertes en ne faisant que rappeler leur provenance. Elles seront par la suite développées et l’on verra qu’elles sont rarement utilisées telles quelles, servant ainsi de base acceptant habiles modifications et détournements opérés par les différents paroliers. D’autre part, la majorité des références historiques ont été pour moi une découverte totale, particulièrement celles de "The Trooper" ou d’"Aces High". M’avaient également échappé, entre autres, que la saga d’Alvin The Maker d’Orson Scott Card était la source directe d’une partie de Seventh Son Of A Seventh Son et que "Hallowed Be Thy Name" évoquait presque, à défaut de confirmation de la part de Steve Harris, explicitement Le Dernier Jour d’un condamné de Victor Hugo.

Jean-Philippe Petesch nous offre parfois d’agréables bonus et je ne peux omettre l’enrichissante explication de texte de "Revelations" (extrait d’une interview de Bruce Dickinson dans Enfer Magazine n°8, décembre 1983, placée en note de fin de chapitre). Entre indéniablement dans cette catégorie l’intervention extérieure d’Emmanuel Haeussler, interlude de trois pages, qui propose un parallèle inattendu dont je vous laisse la découverte.
Cette richesse intertextuelle (interquoi ?), inaperçue du grand public, plus effrayé par Eddie et ses "mises en situation" (ou plus simplement par ces-chevelus-avec-leurs-guitares-qui-font-n’importe-quoi-moi-je-préfère-Whitney-Houston), contribue grandement, et en toute objectivité, a démontrer l’originalité du groupe de Steve Harris. Mais, détrompez-vous, le corpus étudié recèle plus que des références à des œuvres déjà existantes. Certaines paroles se basent sur le statut du groupe au fil des années qu’ils soient adulés ("Powerslave", lors de l’âge d’or éprouvant des années 80) ou critiqués ("Virus", réponse acide aux journalistes anti-Bayley). Les préoccupations humaines et contemporaines ne passent pas à la trappe, elles sont même associées à un questionnement beaucoup moins superficiel qu’on pourrait le penser. En témoignent la cohérence thématique et introspective des albums The X-Factor et A Matter Of Life And Death. "Afraid To Shoot Strangers", inspiré par la guerre du Golfe, est un de ces titres mal compris dont le plus célèbre reste "The Number Of The Beast" (au numéro 668 vous trouverez "The Neighbour Of The Beast"), qui ne serait qu’une transposition d’un rêve de Steve Harris. Première composition de Nicko McBrain, "New Frontier", prend, elle, une position controversée sur le clonage etc. Sans être un groupe adepte des protest-songs, quelques morceaux d’Iron Maiden peuvent entrer dans cette catégorie ("Run To The Hills", "Holy Smoke", "Fear Is The Key" ou encore "Childhood’s End").
Avant de conclure, je me permet de dire que j’ai détecté quelques erreurs, mais je les omets, tout ceci étant déjà trop long pour y inclure du chipotage d’intérêt moindre.
Même si je pense qu’aux yeux des trois quarts des fans, ce qui prime c’est l’instrumentation des morceaux et des atmosphères qu’elle transcrit, la question du didactisme des paroles, voulue ou non, est très pertinente (si on faisait une recherche informatique du même type sur mes articles, mais je n’ai pas assez souffert avant d’être une star, ce mot sortirait, avec "choucroute", en bonne place) tout autant que la distinction entre "fan" et "afficionado" (il est bien évidemment permis de penser qu’il existe des nuances) établie dans le glossaire. Grâce aux mélodies et la voix de Bruce Dickinson (si vous êtes sceptiques, faites donc la comparaison entre les versions studios et live de "Phantom Of The Opera" et "The Clansman"), les chansons de Maiden selon moi parlent plus aux tripes qu’à l’intellect. Ce qui ne signifie pas pour autant que les interprétations de Jean-Philippe Petesch ne m’ont rien apporté, bien au contraire. J’ai refermé le livre avec satisfaction, content d’avoir pu lire une mini-encyclopédie intégralement consacrée à un groupe de cette envergure, me confortant ainsi dans un choix musical qu’il m’a parfois été difficile à assumer.

Note: pour être tout à fait honnête, je dois la blague sur "le voisin de la Bête" à Whitfield Crane, ex-chanteur de feu Ugly Kid Joe qui faisait part dans une interview des titres non retenus pour intituler ce qui reste le dernier album de la formation, Motel California (1996).
Merci à Taly et à Camion Blanc.
Et à Carméline qui m'a permis de faire de plus longs articles.

Iron Maiden - Morceaux d'esprit: Thèmes et origines des chansons de la Vierge de Fer, Jean-Philippe Petesch, Camion Blanc, 2008, 32€.

9 août 2009

Black Sabbath, La Bête venue de Birmingham de Guillaume Roos

The Devil You Know, l'album de Heaven & Hell, bien qu'encore sans titre à ce moment-là, était déjà prévu au moment de la rédaction de cette première biographie française (dites-moi si je me trompe) de Black Sabbath. A l'heure qu'il est l'album est sorti. Oui, « la légende continue... », mais pas sous le même nom. Ce qui est, après tout, une bonne manière d'établir le bilan de ce qu'est Black Sabbath depuis ses origines.

Avec son sommaire très efficace, un chapitre par album, Guillaume Roos s'est donc attaché à raconter le parcours d'un des groupes les plus influents de la sphere hard-rock/metal. Que l'on soit fan puriste (« ah Cozy Powell à la batterie [soupir]... »), relativement profane (« ouais, j'connais Paranoid ») ou quelque part entre les deux (ce qui est mon cas et j'en savais si peu avant d'avoir refermer le livre), ce travail de paléontologie, très minutieux, se révèle être une référence complète et pertinente.

L'accident de travail qui coûtent deux doigts à Tony Iommi (détail d'une importance qu'on ne soupçonne pas), la rencontre des quatre brummies (surnom donné en référence à leur ville natale), leur période faste (pour leur nez, sniiif, entre autres) et féconde (du premier album éponyme à Sabbath Bloody Sabbath), les premières dissensions internes et externes (à partir de 1976), les incessants changements de line-up (plus d'une cinquantaine d'après l'annexe consacrée à « L'Arbre généalogique »): tout est agréablement ponctué d'interventions, incluses les nombreuses facéties d'Ozzy, d'anecdotes et points d'histoire non résolus. Michael Bolton et Tom Jones ont-ils réellement fait partie du groupe? Je ne vous révélerai rien, même pas le nom du bassiste qui figure dans le clip de « The Shining ». Ne parlons pas de l'illuminé mythomane Jeff Fenholt, qui a ridiculement entretenu la réputation sataniste qu'encore beaucoup de crétins veulent accorder à Black Sabbath. Mais au fait, d'où vient ce nom?

On y apprend les départs et retours de Bill « ça s'en va et ça revient » Ward et de Geezer « should I stay or shoud I go » Butler, le premier pour des raisons de santé, le second souvent pour désaccords temporaires. Sans oublier les tentatives désespérées, au fil des ans, de faire revenir Ozzy « tu veux ou tu veux pas ? » Osbourne (hélas trop occupé par sa carrière solo et autres regrettables shows de télévision) au sein du groupe par Tony « the show must go on » Iommi, seul membre permanent pendant toutes ces années. Ozzy est officiellement réintégré au groupe depuis 1996, mais excepté deux titres inédits en bonus sur le live Reunion rien n'est encore sorti de nouveau après cette pseudo-reformation. Cet immobilisme forcé (il existerait 7 titres enregistrés, cependant, enfermé dans un tiroir) a donc mené Iommi, Butler & Co. dans un premier temps à l'écriture de trois morceaux inédits avec Ronnie James Dio (présents sur la compilation The Dio Years) et, à moyen terme, à Heaven & Hell.

En ce qui concerne les annexes, elles prennent les deux tiers de l'épaisseur du livre et sont, il est vrai, plus laborieuses à lire que la biographie à proprement parler. Elles ont cependant fonction complémentaire de référence et rappellent (ce qui peut être considéré comme des redites) de nombreux points charnières que l'on peut avoir oublier. Les annexes autour des individus permettent une compréhension du rôle de chacun et ouvre sur de potentielles futures découvertes musicales pour le lecteur. On se rend compte à quel point l'interview de Bill Ward a aidé l'auteur mais l'interview de Neil Murray (un des nombreux bassistes), aussi intéressante soit-elle, aurait eu plus sa place dans une biographie consacrée à Whitesnake. Une interview de Geoff Nichols (deuxième membre le plus présent après Toni Iommi) aurait été préférable, mais je ne souhaite pas remettre en cause le gros travail fourni par Guillaume Roos, j'ai conscience des impossibilités et des restrictions intrinsèques à ses recherches.

Je n'avais eu qu'une vision achronologique et tronquée de l'histoire du groupe, n'étant informé que par l'intérieur des pochettes d'album trop sommaires. Ce pavé biographique m'a beaucoup éclairé et a comblé bon nombre de mes lacunes: de mes écoutes de Paranoid et Headless Cross (toutes deux régulières sur la playlist du samedi après minuit de Ouï FM, il y a une quinzaine d'années) à mes découvertes des albums au gré des rayons pas toujours bien fournis des disquaires ou médiathèques (j'ai appris, par exemple, très tardivement que Ian Gillan chantait sur un album et qu'il y avait eu donc d'autres chanteurs qu'Ozzy, Ronnie James Dio ou Tony « roue de secours » Martin), en passant par mes interrogations à ma première écoute du morceau éponyme qui ouvre le premier album (« c'est flippant ce truc, mais comment les gens ont réagi à l'époque à cette voix possédée ? »), tant de souvenirs qui retrouvent une saveur très particulière.

Un document indispensable pour qui s'intéresse à la naissance du metal et au poids lourd (camion noir ou dinosaure ?) que restera Black Sabbath.

  • Black Sabbath, La Bête venue de Birmingham, Guillaume Roos, Camion Blanc, 34€.
Article paru précédemment sur Rana Toad